Bénin/Fédération de football: Les anciennes gloires crient leur ras-le-bol

Le jeudi 18 Mai 2018, l’équipe de Business & Actuality tv s’est rendue dans les locaux de la fédération béninoise de football pour rencontrer ceux qui ont fait les beaux jours du football de l’ex-Dahomey. Sur place, nous avons été reçus très chaleureusement par ces anciennes vedettes aujourd’hui méconnues par leurs compatriotes.

Réunis en association, ces anciens joueurs et toujours amoureux du ballon rond ont bien voulu se plier à nos différentes questions.

Equipe B&A tv: Bonjour chers illustres pionniers du football béninois!

Association des Anciennes Gloires du Football Béninois: Bonjour à vous!

E.B&A tv: Comment est née l’idée de création de l’association et quel nom porte t-elle?

AAGFB: Notre association est née d’une volonté manifeste de faire évoluer le football béninois qui aujourd’hui se meurt. Elle porte le nom de Association des Anciennes Gloires du Football Béninois (AAGFB), elle est basée au sein de la Fédération Béninoise de Football à Porto-Novo.

E.B&A tv: En quelle année est née l’AAGFB?

AAGFB: Cette association, nous le signifions est née en Mars 2016. Cependant, nous avons entamé les démarches vers la fin de l’année 2015 et finalement nous avons été agréé par le ministère de l’intérieur et par la suite avons été enregistré au journal officiel.

E.B&A tv: Quel a été l’élément déclencheur qui a conduit à la création de l’association?

AAGFB: Il faut que remarquer que notre football est entrain de mourir faute de mauvaise gestion de la part des dirigeants. Le constat fait est qu’il n’y’a aucune attention particulière à l’endroit des clubs et des centres de formation. Nous, en tant que connaisseurs et amoureux du ballon rond, nous voulons aider à la formation à la base et surtout dans son évolution. Nous constatons dans les pays proches comme le Togo, le Niger, le Nigeria, le Ghana et même la Côte d’Ivoire un suivi des jeunes depuis les centres de formation jusqu’à leur ascension à des clubs de haut niveau. L’intégration des anciennes gloires dans leur système de formation et de décision fait que ces pays présentent chaque année et à chaque compétition des talents purs et performants. Cependant au Bénin, nous sommes marginalisés pourtant nous avons défendu vaillamment les couleurs de cette nation.

E.B&A tv: Décrivez nous la composition de l’AAGFB

AAGFB: Le  bureau est composé de:

  • Président: ANAN Charles
  • Vice-président: Mamadou SANNI EHYSSE alias OKEKE
  • Secrétaire général: Alphonse HONDJO
  • Secrétaire général Adjoint: Maxime AGBOTON
  • Trésorier général: Jérôme AKAKPO alias MIMI
  • Trésorier général Adjoint: Lacoussan DOGUE
  • 1er Organisateur: Emmanuel TCHETCHE
  • 2e Organisateur: Pathati HOUNGUE
  • 2 Commissaires au compte: Yssouffou LATIF  et DA Sylva Raphael

E.B&A tv: De qui a émané l’idée de création?

AAGFB: L’idée de se rassembler remonte à plus de 10 ans. Nous nous rassemblions et ensuite nous nous disloquions compte tenu de certains problèmes. Finalement, nous avons décidé de nous unir vaille que vaille même si nous sommes un effectif de 2 personnes pour atteindre nos objectifs. Notre association est née non pas pour se faire connaître de prime à bord du public, mais plutôt pour faire bénéficier de nos expériences à la jeune génération qui devrait normalement constituer la relève.

E.B&A tv: Quels sont les objectifs de l’association?

AAGFB: Notre objectif est de promouvoir le football béninois et pour y arriver, nous comptons encourager les centres de formation et épauler la sélection nationale. Ainsi, suivre l’équipe nationale depuis la base c’est-à-dire l’équipe junior, les U-17 et les U-20.

E.B&A tv: Comment s’est faite l’approche avec la fédération jusqu’à obtenir un bureau en son sein?

AAGFB: Après l’établissement de notre statut et l’agrément du ministère, nous avons été reçu par le ministre des sports avec qui nous avons échangé puis vint l’étape de la fédération. Cependant, nous avons pu notifier que ces 2 structures sont divergentes dans les opinions, donc opposées; ce qui nous a déçu. Alors pour répondre de façon claire, elle n’a été toute rose car même au sein de la fédération, il existe des clans ce qui fustige la bonne gestion de la fédération. Nous sommes perçus comme des espions pour chacun des camps (la fédération pense que nous travaillons pour le compte du ministère et vis-versa). A cet instant, nos objectifs sont mis sous le paillasson car nous avons été roublés par le président de la fédération qui avait nous avait être des conseillers pour ce qui concerne le football national.

E.B&A tv: Quelle est votre image au sein de la fédération et dans la nation?

AAGFB: Image! Nous n’en avons aucune. Si ce n’est que le président de la fédération nous a affirmé de vive voix que: « vous êtes un club de plaisir »; nous ne valons rien ce qui signifie. Ici dans notre nation, l’accès des stades nous ai refusé, les prises de décisions nous sont enlevées, pire nous n’avons pas le droit d’assister aux réunions de la fédération. Notre mal vient de la fédération et ce depuis des années où nous jouions encore pour la nation. Figurez vous que la fédération ne dispose d’aucune archive de nous et plus,  les quelques images qui existaient ont été brûlées des années en arrière. Pour une vision que nous avons initié, car nous sommes le commencement du football béninois, aujourd’hui nous sommes relégués au second plan ou considérés comme « des compléments d’objet indirect ou sans valeur ». Au Cameroun, il existe un stade au nom de ANAN Charle et son poster a fiquré sur les timbres et à la fédération au Togo pendant 10 ans. Pourtant cet excellent gardien qui a fait les beaux jours de  notre pays ne figure a aucun niveau,  aucune salle si petite soit elle ne porte son ou notre effigie. Pendant que certains pays valorisent leurs anciens joueurs, nous, nous sommes réduits au silence et contraints de tapir dans l’ombre et dans l’anonymat.

Du temps où nous étions en activité pour notre pays, un diplomate nous a rapporté qu’il a mangé gratuitement durant tout son séjour au Brésil, pays du roi Pélé juste pour avoir dit qu’il était originaire du Dahomey, pays de ANAN Charle. Malheureusement, nos propres dirigeants, autorités et même nos os populations ignorent notre existence et notre passé glorieux. Lors des rencontres avec les dirigeants de la fédération, nous sommes substitués par une personnes inconnue du football béninois ancien et même actuel qui serait notre représentant; notre place est usurpée et ça, nous le décrions.

E.B&A tv: Parlant de la fédération, selon vous quelles seraient les causes de l’échec du football au Bénin?

AAGFB: Pour conduire le football, il faut avoir la passion et l’amour de celui-ci. Ce qui n’est pas le cas de nos dirigeants. Ici, on accède à la présidence de la fédération non pas pour développer le foot mais plutôt pour s’en mettre plein les poches. Dès le début du championnat on sait qui sera le champion de la saison. Les dirigeants ou certains dirigeants disposent de 1 à 3 clubs dans le championnat, alors allez-y comprendre quelque chose. Les équipes manquent de subventions, de suivi, les centres de formation alors, n’en parlons, pourtant tout est mis à disposition par le gouvernement. Où vont ces subventions de la magistrature suprême, de la CAF et de la FIFA? Tant qu’on sera à la tête pour un intérêt personnel, le football béninois ne guérira pas de ses plaies.

Dans certaines équipes de 1ère division, les joueurs dorment à même le sol et certains trouvent de quoi à manger d’autant plus qu’il n’y’ a pas de contrat établi entre le joueur et l’équipe. Que font leurs dirigeants avec toutes ces subventions perçues? Le système implanté est celui de « Tu me déranges alors je t’écarte ». Notre combat et notre vision de développer le football béninois ne cadre pas avec l’amassement des trésors de nos dirigeants, du coup il faut nous écarter.

Le déclin du football béninois a commencé en 1975 quand tous les championnats ont été suspendus. Aussi, à leur re-ouverture, les championnats devraient se tenir sur une durée de 3 mois avec 6 équipes sur tout le territoire national et ce pendant 12 années. Aujourd’hui au Bénin rien n’est fait pour réparer ce tord mais c’est plutôt la chasse aux trésors. Encore aujourd’hui il n’y’a pas de championnat, alors comment voulez-vous battre un pays où les joueurs passent l’éclair de leur temps à courir derrière le ballon? « On ne joue pas pour gagner mais plutôt on se prépare pour gagner ». Où est la préparation de nos joueurs et comment se fait-elle?

« Seul un maçon pourra donner des cours de maçonnerie à un élève ». Les personnes à la tête de notre fédération ne sont pas avisés en matière de football alors comment pourraient-ils gérer toute une génération de footballeurs? Le remplissage des greniers personnels est devenu le seul leitmotiv de nos dirigeants. Quelques mois en arrière, le Maroc a offert 1000 ballons à notre fédération mais jusqu’à maintenant aucun ballon n’a été distribué à aucun club, où sont-ils? A qui profitent-ils?

E.B&A tv: Du côté du ministère comme celui de la fédération, existe t-il un fonds qui serve de subvention aux anciennes gloires?

AAGFB: Nous savons que la FIFA subventionne les caisses pour les anciennes gloires car cette institution reconnait notre existence. Mais ici, nous ne savons pas si cette caisse existe car nous n’avons jamais perçu un per diem. Certains pays africains se souviennent de leurs anciennes gloires mais pourquoi pas le Bénin? La Côte d’Ivoire le fait, le Sénégal et d’autres mais le Bénin, non!

E.B&A tv: Que faut-il faire pour rééquilibrer le football béninois?

AAGFB: C’est très simple, il faut revenir à la base, organiser des championnats de centre de formation, des championnats scolaires et universitaires et le plus important, réorganiser le championnat afin de détecter les talents et les suivre dans leur évolution. Il faut faire appel à ceux qui veulent le développement du football et nous, nous sommes prêts à le faire. Nous disposons déjà en notre sein de 3 centres de formation dirigés par Alphonse HONDJO, Emmanuel TCHETCHE et Maxime AGBOTON, demandons à nos dirigeants de passer voir le travail qui se fait ainsi dans les autres centres de formation partout dans le pays.

Il faut faire un audit financier pour savoir comment les fonds transférés par la CAF et la FIFA ont été utilisés. Il s’agira de mettre en place des commissions pour organiser les championnats depuis les minimes jusqu’aux seniors; en associant au tout l’expertise des anciens. Plusieurs d’entre nous ont reçu des formations pour former et encadrer les jeunes générations, alors pourquoi ne pas profiter des ressources dont nous disposons?

E.B&A tv: En tant que observateurs et experts, quel serait votre avis sur un éventuel choix de sélectionneur?

AAGFB: De prime abord, il faudrait que le sélectionneur soit un local, car il lui serait facile de sillonner les villes et environs à la recherche de jeunes pétris de talent. Etant donné que les entraîneurs que nous avons manquent de formation, il serait judicieux de faire former des anciens joueurs et ce dans différentes catégories afin de produire un résultat meilleur. Il faudrait qu’on forme des entraîneurs spéciaux notamment pour les gardiens, les attaquants, les défenseurs et tout autre joueurs de champ. Nous croyons que cette initiative contribuera à disposer d’une bonne sélection et d’un bon encadrement technique.

E.B&A tv: Quel est votre mot de fin pour clôturer cette rencontre?

AAGFB: Nous savons que le chef de l’Etat est un homme qui veut la transparence en ce qui concerne les affaires du bien et surtout qu’il veut voir ce pays être transformé, alors nous lui demandons humblement de faire un passage à la fédération afin de constater ce qui ne va pas et apporter des mesures correctrices. Nous encourageons tous nos enfants qui aujourd’hui ont décidé de marcher dans nos pas afin de défendre les couleurs de notre chère patrie. Pour finir, nous voudrons rappeler au ministre que nous sommes toujours en attente de son signal. Dieu bénisse le Bénin!

Interview réalisé par Armand-Nicaise ABO et Bassitou N’TIA

Photo de famille Bassitou N’TIA avec les anciennes gloires De la gauche vers la droite: ANAN Charle; OKEKE SANNI Mamoudou; DA SYLVA Raphael; HONDJO Alphonse; AKAKPO Jérôme; YSSOUFFOU Latif Debout: HOUNGUE Toudonou Pathati
Photo de famille Armand-Nicaise ABO avec les anciennes gloires De la gauche vers la droite: ANAN Charle; OKEKE SANNI Mamoudou; DA SYLVA Raphael; HONDJO Alphonse; AKAKPO Jérôme; YSSOUFFOU Latif Debout: HOUNGUE Toudonou Pathati
Image reçue des mains de L’AAGFB
Image reçue des mains de L’AAGFB
Image reçue des mains de L’AAGFB
Image reçue des mains de L’AAGFB

4 pensées sur “Bénin/Fédération de football: Les anciennes gloires crient leur ras-le-bol

  • 19 mai 2018 à 2 h 00 min
    Permalink

    Et pourtant, on dit en Afrique que ce sont les vieilles marmites qui font de la bonne sauce.

    Répondre
  • 19 mai 2018 à 14 h 40 min
    Permalink

    Un grand MERCI à ces grands hommes pour cette mise au point. Que leur appel soit entendu par les hautes sphères ! Je sais combien ils se sont battus pour la nation et ils continuent de se battre. La nation leur doit beaucoup…

    Répondre
  • 19 mai 2018 à 16 h 18 min
    Permalink

    Un grand Merci à toute l’équipe

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.