Côte d’Ivoire : en dépit de tous les chants sur l’émergence, la pauvreté en Côte d’Ivoire, est réelle et insoluble.

Quand on parle d’émergence en Côte d’Ivoire, pour les victimes, on se croirait dans un film de fiction. On contraint le monde entier dans du virtuel pour se dédouaner. Notre analyse.

Émergence en Côte d’Ivoire: réalité ou utopie?

«Bol Kotch » est un adage ivoirien qui signifie, hum vraiment nous avons cherché, nous avons trouvé.

Les gens veulent faire croire que l’Afrique est pauvre, de surcroît la Côte d’Ivoire aussi. Mais la pauvreté des ivoiriens avait tout temps été relative. Dans les temps lointains qui font regretter la plupart des ivoiriens, où ils pouvaient se procurer au moins trois repas par jour, mettre leurs enfants à l’école, se soigner convenablement, se déplacer sans crainte de se faire agresser, avoir son petit boulot, la guerre est venue tout abroger et aujourd’hui, l’ivoirien est aux abois.

Abrité sous l’auvent d’une petite boutique de quartier, je regardais ce spectacle pathétique, les larmes aux yeux. Je me parlais tout seul et tout bas. Mais un voisin à côté, qui semblait entendre ma pensée, en faisait l’écho à haute et intelligible voix.

Une émergence au goût très amer

Il pleuvait très fort. Le spectacle qui s’offrait à moi, était unique pour moi. Des habitants du quartier, autochtones, allogènes comme allochtones, étaient alignés dans une ruelle, l’eau de ruissellement à mi tibia. Même des dames et jeunes filles, certaines qui portaient leurs bébés au dos, étaient coincées, écrasées dans le rang, sous cette pluie battante. 

La vie est vraiment devenue trop dure. Les abidjanaises qui, autrefois, le panier sur la tête, souriaient et conversaient entre elles sur le chemin du marché, ont perdu cette noble habitude et les visages sont tristes. Chacune se bat pour se frayer un chemin, sous ses eaux. Même ce ruissellement, les ivoiriens, ne l’ont jamais vécu. On sent les caniveaux bouchés, le désordre et les eaux montent en période de pluies.

 Depuis, plusieurs années, années dites de changement pour lesquelles, des armes ont été prises pour s’imposer et imposer, des droits et non des devoirs, les hommes n’arrivent plus à remplir leur fonction de chef de famille. Le quotidien est un cauchemar. Comment trouver de l’argent pour la popote quand on sait que la famille doit se nourrir. Le chômage endémique, s’est incrusté de force dans la vie des ivoiriens. La pauvreté, la paupérisation, les habitent tous et l’espoir n’existe plus.

Une émergence uniquement sur les lèvres

Nous sommes dans le quartier « Dioulabougou » dans la commune d’Attécoubé BORIBANAN. La plupart des maisons construites de manière anarchique, sans aucun plan d’urbanisation, offre le piteux constat. Des morts voulues en période de pluies, comme c’est le cas depuis quelques mois à Abidjan.

 Au départ, pour se créer des endroits de soulagement, ils avaient inventé des toilettes de fortune, qui jouxtent avec les maisons d’habitation. Ces puits perdus qui recevaient toutes les eaux rejetées par les ménages, sont envahis par les eaux de ruissellement. Aujourd’hui, pour peu, les premières gouttes de pluie et les habitants se retrouvent avec tous les besoins rejetés. Le spectacle est insolite et les conséquences sont immédiates. Les odeurs perfides, les objets et les détritus des aliments, se retrouvent à ciel ouvert. Et, il continue de pleuvoir.

Une paupérisation grandissante

Il était 17h50 bientôt, l’heure de la fermeture du jeu de loto. Il pleut. La pauvreté donne cet espoir qu’en jouant au jeu du hasard, on peut avoir la chance de gagner le gros lot. A cette heure de fermeture du kiosque, le monde reste aligné. Serrés les uns contre les autres, tout ça dans le but de se précipiter pour valider son ticket avant la fermeture. 

Les gouttes de pluie, ne les inquiètent guère. Le rang est long et coupe la ruelle. L’eau sale du ruissellement qui suit cette ruelle bondée de tous les déchets, sont bloqués par les jambes des parieurs en rang. On peut donc voir nettement des morceaux d’excréments humains s’amonceler tout au long de cette haie humaine.

 La pluie continue de tomber à flot, ils sont tous mouillés, avec ces odeurs puantes, qui produiront à coût sûr des maladies à court terme. Mais ils sont sereins et concentrés sur l’avenir de leur espoir misé sur des tickets qui ne produiront que des rêves. Le peu d’argent, ils vont l’investir dans les jeux du hasard. A ce stade, rien ne peut les ébranler. Qui ne joue pas au loto, ne gagne pas le loto.

C’était vraiment ahurissant le fait que le nombre de joueurs des jeux de hasard se multiplient ces derniers temps. C’est fou ce que la pauvreté, est capable de transformer, une population.

Que se passe-t-il et qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Abidjan est surpeuplée. L’anarchie a poussé à boucher les caniveaux et autres canalisation, qui ont servi à construire des commerces, des lieux de divertissements et des lieux de prière. Conséquences, à la moindre pluie, on déplore des dommages collatéraux apocalyptiques. La tristesse et la désolation frappent le pays de la façon la plus dramatique et la plus tragique. Des morts, des disparus, des maisons et biens emportés…

Devant ce constat macabre, une volonté politique doit s’imposer, mettre de l’ordre pour sauver des vies et donner la vie saine aux populations.

Alors que partout dans Abidjan, des bulldozers cassent, saccagent, démolissent. En voulant mettre de l’ordre, c’est encore le désordre. Ils cassent les maisons, les constructions de commerce et ne ramassent pas les gravats. Des lieux de prières, des maquis-bars, des bars climatisés, des boutiques, des magasins, des appartements de fortune, sont démolis, parce que justement, empêchant l’écoulement des eaux de ruissellement. Mais si c’est pour les détruire et laisser ces gravats, à quoi aura servi ces casses? Est-ce le vrai visage de l’émergence? L’émergence rime t-elle avec le fait de laisser les populations sans abri? Certains riverains, sont sans demeure. Il serait judicieux de songer à recaser toutes ces populations, qui du jour au lendemain, se retrouvent sans logement. Eh bine, non. Le pouvoir croyant bien faire, s’est crée, des citoyens mécontents et prêts à la vengeance. 

Il faut sauver la masse et non sa poche

Un bar emploie 2 barmans, 4 serveuses, 1 manager, 2 gorilles… en moyenne 10 personnes. Les  emplois indirects du bar, 2 gérants de cabines téléphoniques, 2 vendeurs de viandes rôties, 2 vendeurs d’attiéké garba, 4 vendeuses de poissons braisés, des vendeuses de sachets d’eau…. Pour chacun d’eux, il y’avait leurs parents, leurs conjoints, leurs enfants, leurs copines.

Dans des maisons  de Sicogi et de Sogefia, vivent des certaines personnes qui n’ont presque jamais travaillé. Des jeunes de plus de 40 ans, diplômés et qui n’ont goutté au bonheur d’un emploi, dorment encore avec leurs parents. Certains exploitent à outrance la devanture de leurs habitations, pour se créer des petits commerces.

Plus de 30 milles personnes sans aucun revenu, fuient le village pour venir s’ajouter à ceux, déjà nombreux sans emploi. On dénombre plus de 300 milles chômeurs, sans emplois, vivant dans les quartiers précaires. Désormais, tout ce beau monde voit leur quotidien, s’assombrir.

                                                                                 David Kouamé

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