Côte d’Ivoire: Laurent Gbagbo contre les coups d’Etat

En 1982, Mr Laurent Gbagbo, alors professeur à l’université Félix Houphouët Boigny quitte la Côte d’Ivoire pour la France. Il y vient pour une raison principale dit-il. Il s’agit d’initier les ivoiriens de l’extérieur à la chose politique. Afin que ceux-ci soient éclairés pour travailler à la libération du pays. Il souhaite une Côte d’Ivoire décomplexée, libre et démocratique qui prend en charge son destin en responsabilisant ses propres enfants.

L’ambition de Laurent Gbagbo

C’est donc cette ambition de Laurent Gbagbo de conduire les ivoiriens vers une Côte d’ivoire souveraine, démocratique et développée, une Côte d’Ivoire de justice et de toutes les libertés et des droits de l’Homme qui fonde mon intérêt pour cet homme politique exceptionnel. Il est donc venu en mission en France pour une Côte d’Ivoire d’avenir où les citoyens s’engagent en politique par conviction et non par intérêt mercantile.

Nous sommes dans un système de gestion de parti unique où l’expression de la pluralité des idées est utopique. Nous subissons les affres de la pensée unique avec ses corollaires de privations de droits pour faits de non-soumission au diktat des gouvernants. Le parti-Etat du PDCI s’imposait à tous. Même si les citoyens dans leur majorité étaient idéologiquement contre le principe du parti unique, ils n’avaient d’autres choix que de s’y soumettre, la mort dans l’âme.

Généralement, en Afrique, ce genre de rapport entre les gouvernants et les gouvernés engendre des coups d’Etat militaires et Laurent Gbagbo était résolument contre cette forme de transition politique. Nous avons encore à l’esprit tous les méfaits occasionnés par les révolutions sanglantes dans les pays limitrophes comme le Burkina-Faso aujourd’hui, le Bénin, la Sierra-Leone et le Libéria. Il fallait éviter cela à notre pays, en engageant des discussions de recherche de consensus.

Laurent Gbagbo redoute surtout les effets collatéraux des coups d’Etat sur la population innocente qui paye parfois le prix fort des comportements irresponsables des politiques. C’est pourquoi, Laurent Gbagbo prône toujours la transition pacifique et démocratique du pouvoir. En 1988, il juge que les compatriotes de l’extérieur et surtout ceux de France sont désormais aptes à conduire avec responsabilité des projets politiques et économiques de façon autonome. Il décide alors de rentrer au pays pour poursuivre son combat pour l’avènement du pluralisme politique et des libertés.

Naissance du FPI

Fort de cette certitude, il décide de sortir de la clandestinité et officialise la création du Front Populaire Ivoirien, autrement dit : FPI. C’est donc avec ses amis de l’extérieur désormais initiés à la chose politique et ceux qui sont restés au pays pendant sa mission à l’extérieur que Laurent Gbagbo et le nouveau parti partent à l’assaut de la présidence de la Côte d’ivoire en 1990 car la peur est maintenant vaincue.

A l’issu du scrutin face au Président sortant, certains sondages le donnent gagnant. Mais le pouvoir le crédite de 18% de l’électorat. C’est une première victoire car Laurent Gbagbo venait de démystifier un symbole. Et il accepte tranquillement ce résultat afin d’éviter un chaos au pays. C’est aussi avec un état d’esprit de la peur vaincue qu’il affronte les militaires au pouvoir 2000, car entre-temps ces derniers ont déchu le Président Konan Bédié qui terminait le mandat de feu Félix Boigny par un coup d’Etat regrettable.

Elu Président en 2000, Laurent Gbagbo subit une tentative de coup d’Etat qui se mue très vite en rébellion en 2002 revendiquée par un certain Guillaume Soro avec ses parrains. Le Président Laurent Gbagbo, en homme de paix et en humaniste notoire n’a pas cherché à mater cette rébellion comme pourrait le commander la situation. Il privilégie la discussion et intègre les rebelles dans la gestion du pouvoir de l’Etat. Et pour avoir été pacifique jusqu’au bout, il a été trahi pour être déporté à la Haye à la CPI.

Comment pouvez-vous demander à cet homme qui n’a jamais cultivé la prise de pouvoir par la force, de se compromettre dans un CONSEIL NATIONAL DE TRANSITION qui n’est rien d’autre qu’une autre forme de coup d’Etat ? Avant les élections, le Président Laurent Gbagbo a préconisé la négociation entre le pouvoir et les opposants auxquels il a apporté son soutien sans faille, afin d’éviter la catastrophe qui pointait à l’horizon. Il n’a pas été suivi dans cette orientation. Aujourd’hui, le scrutin a eu lieu dans les conditions que l’on sait.

Plusieurs pertes en vies humaines. Le pouvoir est en place et les militaires dans leurs casernes. Quel est donc l’intérêt de ce conseil national de transition et qui est habilité à le gérer et sur quels critères objectifs et avec quels moyens matériels et humains ? A mon avis, jusqu’à preuve du contraire, la mise en place du CNT s’apparente à un coup d’Etat comme celui que nous dénonçons avec l’élection illégale de Ouattara.

En conséquence, dans ce cas de figure, il ne faut pas attendre de Laurent Gbagbo qui est un homme de principe et résolument contre les prises de pouvoir par la force, une participation active et effective au CNT dans sa forme actuelle, comme il n’a pas participé au coup de force de 1999 qui évinça Henry Konan Bedié.

Président Désiré BIBI


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