Côte d’Ivoire: « Pourquoi, je ne suis plus virulent ? »… Entretien avec Joël ETTIEN

 Le directeur de publication et fondateur de votre site qui retient aujourd’hui, beaucoup d’attention, M. Joël ETTIEN, a eu cette aimable rencontre avec le quotidien ivoirien, Soir-Info qui a lui accordé une grande interview. Toute la rédaction heureuse dit merci, à ce quotidien.

Joël ETTIEN est journaliste et fondateur du site : businessactuality.com et réside à Paris. A la faveur de son long séjour en terre ivoirienne, il s’apprête à retourner à sa base et il nous fait honneur de nous entretenir. Pour lui, venir en Côte d’Ivoire n’a rien d’aller dans des restaurants.

Soir-info : Bonjour M. ETTIEN Joël. Cela fait quelques mois que vous êtes là, à Abidjan. C’est dans quel cadre ?

Joël ETTIEN : Merci pour l’intérêt que vous m’accordez. Je suis venu dans le cadre de deux décès. Ma belle-mère et ma mère, à laquelle je ne m’attendais pas et après les inhumations, j’ai décidé de rester pour prospecter en vue d’un retour au pays natal, après plus de 40 ans passés en dehors de mon pays.

S.I : Tout le monde dit que vous êtes au restaurant. Qu’en est-il ?

J.E. : (rire) C’est une expression que j’entends souvent, mais je ne pensais qu’elle m’allait être attribuée. Si c’est ce que j’apprends, qui consiste à militer pour le RHDP, non, je ne suis pas venu dans ce restaurant. Donc, le président Gbagbo et tous ceux qui sont arrivés, sont tous dans ce restaurant ? Non, soyons sérieux. Je ne pense pas qu’il faille attribuer ces genres de propos. Cela faisait plus de 10 ans que je n’ai pas mis les pieds dans mon pays par mesure de prudence compte tenu de mes prises de position. Aujourd’hui, par le biais de mon grand frère Jean-Marc Affian qui a été l’artisan premier avec toutes les commodités qui accompagnent ce geste, on ne peut pas me dire que je suis venu au restaurant. D’ailleurs depuis que je suis là, je cherche le lieu où se trouve ce restaurant, personne pour me l’indiquer.

S.I : Comment vous avez géré deux gros décès, votre belle-mère et votre mère ?

J.E : C’est le sort que Dieu m’a éprouvé et que j’ai assumé. Ma belle-mère est de Daloa, d’où l’origine de mon épouse Yohou qui est venue se joindre à moi dans le même mois de février et on a inhumé sa mère et après, c’était le tour de la mienne qui s’est passée à Abongoua.

S.I. : Qu’a fait Jean-Marc Affian exactement ?

J.E. : Je voudrais me fondre en admiration pour ce grand frère. Il est allé au village du vivant de ma mère et quand il a vu l’état de vieillesse avancé de celle-ci, il s’est dit, non, il faut que Joël voit sa mère avant que le pire ne se produise. Quand je lui ai expliqué la situation, compte tenu de ma ligne éditoriale, de mes prises de position, il a pris toutes les dispositions à cet effet et a mis les moyens à ma disposition. Il m’a aidé à inhumer dignement mes deux parentes et je voudrais lui dire un grand MERCI. Je n’oublie pas la promptitude avec laquelle le député de ma circonscription (Arrah) a agi lors de toutes ces difficultés que j’ai traversées, il a été à mes côtés et je voudrais l’en remercier, N’guessan Ahondjon.

S.I. : Depuis que vous êtes arrivé, quel constat faites-vous de la situation sociopolitique qui vous effrayait ?

J.E. : A vrai dire, j’avais beaucoup peur, mais j’avoue que le calme qui règne en ce moment dans mon pays, m’a poussé dans un premier temps à voyager à travers tout le pays et c’est après que j’ai décidé de prospecter pour préparer mon retour. Je constate une amélioration sociopolitique qui rassure pour tous ceux qui désirent réapprendre à aimer la Côte d’Ivoire.

S.I. : Avez-vous pris ou obtenu des rendez-vous au sommet de l’état ?

J.E. : Non, celui que j’envisageais rencontrer c’était l’ex premier ministre Hamed Bakayoko qui par le biais de son conseiller politique, Claude Sahi, avait accepté de me recevoir, mais hélas, le sort en a décidé autrement. Sinon, j’avais écrit des courriers au premier ministre Patrick Achi, qui m’a fait recevoir par son service de communication et un autre adressé au président Ouattara qui est resté sans suite. Dans ces courriers, je leur demandais justement de revoir leur communication et sur ce sujet, j’avais aussi des propositions à leur faire. Sans suite.

S.I. : Et s’ils les avaient reçus ?

J.E. : Ecoutez, ce sont les deux responsables qui gèrent notre pays et il est de bon aloi que je leur adresse ces courriers pour les informer de ma disponibilité.

S.I. : On vous voit souvent avec le ministre Kouadio Konan Bertin, KKB. Vous n’étiez pas en odeur de sainteté avec lui, il nous a semblé ?

J.E. : C’est vrai que nous étions un peu en froid, mais KKB reste et demeure mon frère. C’était des malentendus et en plus, il est le ministre en charge de la réconciliation et de la cohésion nationale, si, je ne fais pas la paix avec lui, quel sens je donnerais à sa fonction ? On a remis le couvert amical et j’apprécie ce qu’il fait sur le terrain.

S.I. : Vous étiez aussi proche du PDCI RDA au point où à Paris, on vous voyait communiquer sur l’ancien maire du Plateau Akossi Bendjo, Basile Yao, et vous animiez aussi un mouvement proche de ce parti, le renouveau du PDCI RDA. On ne vous sent plus depuis votre retour. Qu’en est-il ?

J.E. : Merci de me poser cette question. En effet, je me suis senti proche de ce parti, mais au regard de la gestion et l’interdiction de la liberté d’expression, je me suis un peu éloigné. En lieu et place d’encouragement, ce sont des ingratitudes. M. Bendjo m’avait interdit de le voir depuis Paris, à cause de la dynamique de mes réactions, donc, on s’était séparés. Quant à Yao Basile qui était le délégué de Paris, il a été limogé. Le renouveau a été récupéré par Bendjo qui voulait en faire son instrument. Quand on ne se sent plus bien quelque part, il faut avoir le courage de quitter cet endroit. Mais dès que je suis arrivé, j’ai été reçu par M. Maurice Kakou Guikahué par le biais du maire d’Aboisso, Jérémie N’gouan, que je remercie pour son esprit d’ouverture. Bendjo aussi, m’a reçu et j’ai fait la paix avec tous ceux-là, mais, je regarde ailleurs maintenant.

S.I. : Vous nous parlez de retour. Vous comptez revenir vous installer au pays, est-ce que les conditions de sécurité selon vous sont réunies pour un tel risque ?

J.E. : Ce n’est pas un risque que je prends. Ecoutez, j’ai fait un constat, tous mes amis que j’ai laissés ici sont tous devenus des propriétaires de maison, des hommes d’affaires et moi, je continue de végéter en France avec ce CoronaVirus qui a miné tous nos espoirs. J’avais deux sociétés de transport qui ont été fermées. Non, je me bats pour revenir. Si nous qui sommes ivoiriens, on se met dans la tête que, parce que M. Ouattara est là, donc je ne veux pas venir investir au pays, à qui on fait du tort ? Le président Ouattara a besoin de tous les ivoiriens pour la reconstruction de notre pays. Moi, tout ce que j’ai appris à faire, c’est le journalisme. Je veux revenir pour apporter mon expertise dans ce domaine à mon pays. Je ne suis plus virulent. J’ai compris. Mon pays m’appelle, je dois lui répondre présent. Et de manière sincère, je voudrais rassurer le pouvoir en place que j’ai changé ma ligne éditoriale, nous travaillons pour/sur le développement.

S.I. : Vous acceptez de collaborer avec le pouvoir maintenant ?

J.E. : Celui qui couche avec ta mère, tu l’appelles papa, c’est le choix de la maman. C’est pour dire que le président Ouattara est pour l’heure, l’homme de la situation, celui qui est en charge du destin de notre pays. Pourquoi voulez-vous que les yeux fermés, on continue de le lapider ? Non, je reviens dans mon pays pour apporter mon expertise en matière de communication.

S.I. : Votre mot de fin

J.E. : Je voudrais inviter mes frères et sœurs à visiter notre site : businessactuality.com où, nous apportons au quotidien, notre réflexion sur ce qui se passe, bien, on félicite, mal, on fait des suggestions.

J’apprécie votre démarche de venir vers moi de me donner la parole. Nous qui vivons en dehors de notre pays, quand vous nous donnez des espaces d’expression pour nous prononcer sur l’actualité, vous encouragez les autres à emboiter nos pas. A un moment, on a tous critiqué le pouvoir, maintenant tout semble rentrer dans l’ordre, il faut qu’on se mette ensemble pour bâtir ce pays. Et pour les avancées notables qui sont visibles, j’invite mes frères et sœurs à revenir. On est mieux que chez-soi. Il faut que les ivoiriens prennent ce courage pour notre pays. J’aime tellement mon pays, vous n’avez pas idée. Merci et bonnes fêtes de fin d’année.

                                           Entretien réalisé par : Soir-Info

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