Côte d’Ivoire/Election 2020: témoignage d’un burkinabé  »mes frères m’ont fait un lavage de cerveau pour me monter contre le peuple ivoirien »

À l’époque, étant élève au Burkina Faso dans mon Kadiogo natal, je venais en vacances chez mon oncle Zongo, un burkinabé vivant ici en Côte d’Ivoire.

Le peuple ivoirien n’est pas xénophobe dixit un burkinabé

Mon oncle vivait dans un village baoulé qui lui a tout donné: terrain pour sa maison, parcelle pour son champ et même un nom baoulé. On l’appelait Ahouffouët Zongo, qui signifiait notre étranger Zongo. Chaque fois que j’arrivais, mon oncle me faisait faire le tour des différentes cours du village pour me présenter aux différentes familles qui étaient devenues ses familles. Dès le soir, à partir de 20h, la maison de mon oncle était bondée de nourriture de tout genre. Chaque famille se ruait donc vers le domicile de mon oncle pour apporter à manger a l’ahouffouët que j’étais.

En fait, chez le peuple baoulé l’étranger est roi. Plusieurs années plus tard, je reviens en Côte d’Ivoire, cette fois je suis mature, mon oncle ne vit plus, hélas! Mais ses enfants qu’il a tous eus avec une de nos sœurs burkinabè sont tous reconnus comme des fils de ce village… Leur mère y vit jusqu’à présent et, pendant les vacances, ils sont tous au village, leur village.

C’est ce peuple que mes frères traitent de xénophobes aujourd’hui ? Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour qu’on en arrive là ? Qui est à la base de cette division spectaculaire ? J’ai approché les deux camps. Du côté de mes frères devenus Baoulé, ils disent qu’ils n’ont jamais été victimes de frustration dans leur village, qu’ils participent même aux réunions du village et sont même écoutés.

Un burkinabé dit non à l’ingérence

Du côté de mes frères de la communauté, ils disent qu’ils mènent cette lutte pour le président Ouattara car s’il quitte le pouvoir ils seront tous marginalisés, attaqués ou même tués. J’ai même fait l’objet de lavage de cerveau par certains pour rejoindre ce combat qui pour eux paraît noble… Alors, certes les responsabilités sont partagées, mais je veux ici dire à mes frères de la communauté de laisser la politique aux politiciens car nous confondons politique et guerre ethnique ou communautaire.

Mon oncle me disait toujours, lorsque j’étais élève, que si je veux réussir, si je suis chez un tuteur de ne pas me comparer à ses enfants, de faire ce pourquoi j’étais chez ce tuteur et d’éviter des problèmes avec lui et ses enfants, surtout des problèmes de leadership parce que celui qui te reçoit dans sa maison, qui te donne une natte, qui te donne à manger est comme ton dieu en ce moment précis sur terre. Car il n’est nullement obligé de le faire

De tout ce qui précède, je voudrais dire à tous mes frères burkinabé, guinéen, libérien, ghanéen et malien de faire profil bas car à force de trop frustrer ton bienfaiteur d’hier parce que peut-être en position de faiblesse, le chagrin qu’il ressent se transformera en malédiction et Allah n’aime pas l’injustice. Ne vous laissez pas manipuler par les politiciens, nous sommes sur une terre étrangère, nous devons au contraire chercher à réconcilier les enfants de notre tuteur plutôt que d’œuvrer pour la division en aidant une partie.

Si nous ne pouvons pas les réconcilier dans leurs divergences, alors laissons-les comme ça… Entre frères, les problèmes finissent toujours par se résoudre. Que Dieu donne à chacun la sagesse de sensibiliser son frère, ami ou tuteur, même le plus récalcitrant, pour qu’ensemble nous sauvions la Côte d’Ivoire.

Par OUÉNAN Alex

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