Côte d’Ivoire/Présidentielle 2020: Victoire annoncée pour Ouattara

Victoire annoncée pour Ouattara selon des résultats partiels qui remporterait largement des élections émaillées de violences, boycottées par l’opposition, laquelle appelle à une transition civile

Victoire annoncée pour Ouattara: vers le fameux « un coup K.O » ?

Hier en fin d’après-midi, un présentateur de la Radio télévision ivoirienne (RTI) a longuement égrainé les résultats partiels des élections présidentielles du 31 octobre. «Les scores obtenus par le président sortant, Alassane Ouattara, sont quasiment «soviétiques», estime Michel K., haut fonctionnaire au sein de l’administration ivoirienne, qui regrette que son pays ne parvienne toujours pas «à sortir d’une logique de parti unique».

Face à une opposition vent debout contre sa volonté de briguer un 3e mandat après avoir modifié la Constitution, prônant un boycott actif du scrutin, sans candidat de poids face à lui, il y avait peu de risques que la victoire échappe au président sortant. «L’opposition n’a toujours pas compris que la politique de la chaise vide est sans issue, elle nous a facilité les choses», se réjouit Fatou D., commerçante d’une cinquantaine d’années, qui, le 31 octobre, a voté sans hésiter pour Alassane Ouattara, parce qu’«il a bien travaillé, contrairement à ses prédécesseurs». L’opposant Jean Bonin Kouadio, lui, s’est abstenu, respectant ainsi les consignes de son parti: «Au vu des nombreuses irrégularités de ce scrutin, nous étions dos au mur: impossible pour nous d’y participer.»

Samedi soir, à peine les bureaux de vote fermés, la guerre de la communication a aussitôt repris. Le parti au pouvoir a remercié la population de s’être déplacée massivement pour élire Alassane Ouattara «un coup K.-O.» au premier tour, «malgré les barrages et les menaces». Tandis que l’opposition, elle, se réjouissait que les citoyens «dans leur très grande majorité» aient boudé les urnes. «On a l’impression que ces gens ne vivent pas dans le même pays», ironise Christine, journaliste dans une radio panafricaine.

Bombardés de «fake news»

Hier, dans la capitale, Yamoussoukro, au cœur du pays baoulé – l’ethnie à laquelle appartient l’ex-président Henri Konan Bédié, figure de l’opposition – l’accès à la ville était toujours bloqué par des barrages de jeunes manifestants qui avaient affronté les forces de l’ordre le jour de l’élection. Dans plusieurs villes et villages alentour, et dans d’autres régions du pays, hormis au nord, des bureaux de vote ont été saccagés, des personnes tuées et blessées lors d’affrontements intercommunautaires entre «nordistes», soutiens du président Ouattara, et jeunes appartenant à d’autres groupes ethniques, opposés à son 3e mandat.

Si les deux parties ont reconnu que le scrutin avait été émaillé d’incidents et déploré les pertes en vies humaines, c’est sur leur ampleur que les avis divergent; ainsi que sur le taux de participation, un des principaux enjeux du scrutin. Arsène Konan, coordinateur de l’ONG ivoirienne Indigo, qui avait déployé plusieurs centaines d’observateurs sur l’ensemble du territoire, a évoqué hier «la relative psychose qui s’est emparée de nombreuses localités du pays, cloîtrant les populations chez elles, et la multiplication des actes de violence». «Nous sommes bombardés d’informations anxiogènes, avec beaucoup de fake news, renchérit Georges M., informaticien dans une multinationale, l’œil rivé sur son smartphone; cela contribue à créer un climat de peur très malsain.»

Hier à Abidjan, lors d’un point de presse au siège du PDCI, l’ex-parti unique, le porte-parole de l’opposition Affi N’Guessan a dénoncé un «simulacre d’élections», affirmé ne pas les reconnaître, invité la communauté internationale à prendre acte de la fin du mandat d’Alassane Ouattara en date du 31 octobre, et appelé, à «l’ouverture d’une transition civile afin de créer les conditions d’une élection présidentielle transparente et inclusive». Ce que refuse catégoriquement le pouvoir en place. Un scénario potentiellement à haut risque dans un pays où la réconciliation nationale, dans la foulée de la crise post-électorale d’il y a dix ans, n’est pas encore achevée.

repris par Jason

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