Crise des migrants: la Biélorussie sous le coup des sanctions de l’UE

Les 27 ministres européens des Affaires étrangères se réunissent, ce lundi 15 novembre, à Bruxelles pour discuter de nouvelles sanctions contre la Biélorussie, alors que des milliers d’exilés, que l’UE accuse Minsk de téléguider, se trouvent toujours à la frontière avec la Pologne.

La Biélorussie dans le collimateur de l’UE

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) doivent se réunir lundi pour élargir les sanctions imposées à la Biélorussie suite à sa répression contre les opposants au régime Loukachenko, qui dirige le pays depuis près de trente ans.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a déclaré que les ministres autoriseraient des sanctions contre « tous ceux qui participent au trafic de migrants vers la Biélorussie », y compris les compagnies aériennes, les agences de voyages et les fonctionnaires. Selon le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, parmi les mesures envisagées figure aussi « la fermeture complète de la frontière, pour couper le régime des avantages économiques ».

« Loukachenko s’est trompé. Il croyait qu’en ripostant de cette façon il allait nous tordre le bras et faire annuler les sanctions. C’est tout le contraire qui se produit », a déclaré Josep Borrell au Journal du Dimanche. Épaulé par l’Union européenne, Varsovie accuse le président biélorusse d’organiser la venue des migrants à la frontière. Selon Bruxelles, il voudrait se venger des sanctions que l’Union européenne a décidées suite à sa réélection contestée en août 2020. Des accusations que Minsk réfute.

Poutine se dit prêt à aider à résoudre la crise 

Alors que plusieurs pays de la région ont mis en garde contre le risque de voir cette crise dégénérer en affrontement armé, Vladimir Poutine, principal allié et soutien d’Alexandre Loukachenko, a déclaré que son pays était prêt à contribuer à la résolution de la crise. « Nous sommes prêts à faire tout notre possible s’il y a quelque chose que nous pouvons faire », a déclaré ce dimanche le président russe à la télévision, répondant aux appels de médiation lancés la semaine dernière par Paris et Berlin.

Vladimir Poutine a par ailleurs rejeté les accusations mentionnant l’éventuelle implication de Moscou dans cette crise, rapporte notre correspondant dans la capitale russeJean-Didier Revoin. Il a également précisé qu’il n’avait pas été consulté par son homologue biélorusse lorsque Alexandre Loukachenko a menacé de fermer le gazoduc Yamal-Europe qui achemine du gaz russe sur le vieux continent. Selon Vladimir Poutine, une telle action porterait atteinte aux relations entre Minsk et Moscou.

Avec le déploiement de 15 000 hommes, les gardes-frontières polonais continuent de faire barrage aux milliers de migrants du Moyen-Orient arrivés ces derniers mois en Biélorussie dans le but d’entrer dans l’Union européenne, mais qui se trouvent aujourd’hui bloqués à la frontière avec la Pologne, 

Dimanche matin, la Pologne a indiqué avoir arrêté des dizaines de migrants venus de Biélorussie. Elle a mis en garde contre une possible tentative de passage forcé de plus grande envergure dans les prochains jours. Samedi, c’est un groupe d’environ 50 personnes qui a réussi à entrer en Pologne à la frontière fortement gardée de l’UE et de l’Otan, près du village de Starzyna. Elles ont été interpellées et ramenées à la frontière, d’après la police. Deux cent vingt-trois tentatives d’entrée illégale sur le territoire polonais ont été dénombrées ce même jour. Des tentatives qui s’enchaînent comme les affrontements entre migrants et gardes-frontières. Onze personnes auraient trouvé la mort en essayant d’entrer en Pologne, depuis le début de la crise migratoire cet été.

La police polonaise a également rapporté qu’un policier avait été admis à l’hôpital après avoir été touché par un jet de pierre. Le porte-parole des services de sécurité polonais, Stanislaw Zaryn, a évoqué, quant à lui, sur Twitter des informations selon lesquelles des camions ont acheminé des pierres et des gravats d’entreprises de construction biélorusses vers des zones proches de la frontière.

Plus que ces affrontements, la situation sanitaire des migrants, victimes du froid et du manque de nourriture ou d’eau, inquiète. Selon une mission dépêchée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 60% d’entre eux aurait besoin d’une prise en charge médicale. Les ONG évoquent une crise humanitaire en cours par des températures qui chutent en dessous de zéro, et exhortent à une désescalade pour aider les migrants.

Le plus grand campement de migrants, près du village biélorusse de Brouzgi, rassemble selon les autorités environ 2 000 personnes, dont des femmes enceintes et des enfants. Les autorités biélorusses leur ont fourni de l’aide, des tentes et des radiateurs. Une mesure qui pourrait présager une présence semi-permanente à la frontière.

La Croix-Rouge polonaise n’a pas encore pu directement venir en aide aux migrants, en raison de l’état d’urgence décrété et à la mise en place d’une zone sécurisée interdite aux ONG et à la presse. La Croix-Rouge polonaise dit avoir envoyé plus de quatre courriers au ministre de l’Intérieur, au ministère des Affaires étrangères, au président, au Premier ministre et au chef du protocole du Parlement polonais pourentrer dans la zone spéciale.« Nous n’avons reçu qu’une seule réponse : Non ! », rapporte Michal Mikolajczyk, membre de la direction de la Croix-Rouge polonaise et président volontaire de la Croix-Rouge dans la région de Mazovie au micro de notre envoyé spécialRomain Lemaresquier.

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