RÉCIT D’UNE VISITE À LA PRISON DE LA HAYE AU PRÉSIDENT LAURENT GBAGBO ET AU MINISTRE CHARLES BLE GOUDE. Par Tapé GROUBERA

Ces derniers temps, beaucoup d’entre nous parlent de nos illustres prisonniers, le président GBAGBO et le ministre BLE GOUDE sans savoir ce qu’ils ont vécu et où ils ont vécu. L’on continue de présenter le ministre Charles BLÉ GOUDÉ de trahir le président GBAGBO. Mais diantre, savez vous que Charles BLE GOUDE était seul avec le président GBAGBO dans une prison à La Haye ?

Ceux qui s’acharnent sur eux, et singulièrement sur le ministre Charles BLÉ GOUDÉ savent-ils que nos illustres prisonniers n’étaient pas en villégiature ? Cette prison de Scheveningen dans laquelle le président GBAGBO et le ministre BLE GOUDE ont passé respectivement 10 et 7 ans, et que, feu, le journaliste français, François Mattéi, dans son ouvrage, « Laurent GBAGBO selon François MATTÉI: Pour la vérité et la justice. », à la page 251, définit comme « Le terminus dédié aux criminels de guerre, aux coupables de crimes contre l’humanité. » C’est une de mes visites en ce lieu (j’en ai fait plusieurs dont la dernière remonte au samedi 26 janvier 2019) que je vais faire un récit. Ce texte est également un extrait de l’un de mes prochains ouvrages. 

1. LA DEMANDE DE VISITE. 

Pour rendre visite, à l’époque à nos illustres prisonniers, il fallait remplir trois conditions cumulatives: 1) avoir un passeport, en cours de validité de ton pays d’origine ou d’adoption. 2) remplir le formulaire de la CPI, à télécharger. Et une fois complété, vous pouvez l’envoyer, soit en ligne (par mail), soit par voie postale. Les deux adresses sont indiquées sur le formulaire portant le logo de la CPI.3) que le détenu accepte votre demande. Commençons par le point 2).

Le formulaire de demande de visite comprend 4 pages sur lesquelles il y a une série de questions auxquelles il faut répondre toutes. Si les 2 premières pages indiquent qu’il faut vous présenter, à la fin de la 2ème page, il y a une question délicate: « Décrivez en détail les raisons de la visite. » À la page 3 (3/4), il y a quatre questions. La première question est ainsi libellée: « Décrivez en détail votre relation avec la personne détenue. » La question 2 demande de donner le nom, l’adresse de votre employeur. Les questions 3 et 4 sont des demandes de vos activités personnelles : Activités politiques, et la question est la suivante: « Avez-vous jamais été membre d’un parti politique dans un pays quelconque ? Dans l’affirmative, indiquez le nom du parti politique et le rôle que vous vous y avez joué. » Activités militaires : « Avez-vous jamais servi dans des forces armées d’un pays ? Dans l’affirmative, décrivez la nature de votre service. Indiquez votre position, votre grade et la durée de votre service. (…)  » La dernière page (4/4), on vous demande

1) vos antécédents judiciaires. La CPI veut savoir si vous avez déjà été arrêté pour un crime dans un pays quelconque. Si oui, il faut décrire en détail les accusations portées contre vous. Ensuite, la CPI vous demande ceci: « Avez-vous un rôle ou un statut particulier en ce qui concerne la procédure en cours ? »La 3ème question, c’est de donner la date et l’heure de la visite demandée. Enfin, il vous est demandé si vous aviez déjà rendu visite à la personne détenue ? Si oui, il faut indiquer la date la première visite. À la fin de la page, vous devez mettre la date et signer pour « confirmer que toutes les informations fournies sont exactes » et que vous autorisez le quartier pénitentiaire à recueillir des renseignements supplémentaires s’il le souhaite.  » Le dernier point, vous vous engager à ne relever aucune information aux médias. » Pour le point 3) le président GBAGBO, certainement pour sa stature, acceptait très peu de demandes.

D’ailleurs, de son arrivée jusqu’à 2016, seul Jo Mamadou, son neveu (son » bon petit ») pouvait vous introduire si le président GBAGBO ne vous connaissait pas. Et ce rôle fut dévolu, à partir de 2016, à Mme Nadiani Bamba alias Nady lorsqu’elle a commencé à rendre visite au président. Et pourtant, c’est le 6 juin 2011 que l’union européenne, au tribunal de Luxembourg, a dégelé tous les avoirs de Mme Nadiani Bamba. D’autre part, le ministre Charles BLÉ GOUDÉ, lorsque vous lui adressez une demande, qu’il vous connaisse ou non, dans la grande majorité des cas, il accepte de vous recevoir. Ce n’est le combattant Willy Bla ou le panafricain Yves Lodonou (pour ne citer que ces deux) qui vous diront le contraire. 

2. LE PARCOURS DU COMBATTANT.

Une fois votre demande acceptée par le détenu, il y a plusieurs portes blindées et portiques à passer. Tout est passé au scanner comme à l’aéroport. Votre portable (ou cellulaire ou mobile, etc.) est interdit. Vous devez le laisser dans la consigne, au départ, avec d’autres objets métalliques, sauf les pièces de monnaie qui vous serviront, ainsi que la personne visitée, une fois à l’intérieur de la prison. 

3. LA RENCONTRE AVEC LE PENSIONNAIRE.

Comme je l’ai indiqué au-dessus, c’est le ministre Charles BLÉ GOUDÉ que je connais depuis l’université, à travers la FESCI, qui m’a permis d’accéder à l’intérieur de la prison. Une fois, la dernière porte passée, le frère Charles BLÉ GOUDÉ t’attend, rayonnant et, surtout joyeux de non seulement recevoir une visite, mais surtout de retrouver un frère et camarade. Venu, anxieux et en colère contre cette incarcération, Charles Blé Goudé me transmet sa joie. Mieux, c’est lui, qui le premier me pose la question : « Frère, comment tu vas ? » Et moi de répondre: »Je vais bien. C’est pour vous (le président GBAGBO et lui, Charles) qu’on s’inquiète. Et votre moral ? »Et Charles de renchérir « Frère, le président et moi, on va bien. Moi, tu m’as vu. Le président descendra après et tu verras par toi-même. » Je voudrais rappeler que beaucoup de personnes qui ont pu les visiter pour la première fois, ont déjà pleuré. Souffrez que je n’en donne pas de noms. Charles qui est descendu avec de la nourriture qu’il, lui même, préparé comprend deux plats: le premier, c’est celui du président GBAGBO et ses invités, et le second, pour le ministre Charles BLÉ GOUDÉ et ceux qu’il reçoit ce jour.

C’est le lieu de rappeler que, c’est depuis son arrivée à la prison de Scheveningen, le 23 mars 2014 que le ministre Charles BLÉ GOUDÉ, qui a fait les études d’anglais à l’université d’Abidjan (Côte d’Ivoire), découvrit, après lecture du règlement de la prison de La Haye, qu’il avait droit de ne pas manger le repas fait pour tous les prisonniers de La Haye. S’il voulait manger autre chose, il y avait deux conditions : la première, faire lui même la cuisine. Il lui était demandé de le faire, au plus tard jusqu’à 9h du matin.

La seconde, qu’il finance par lui-même, les achats. Mais, où enlever l’argent, puisque la CPI, après plusieurs mois d’enquêtes, les a déclaré indigents. Par exemple, pour le président GBAGBO, ce fut le 28 décembre 2011. (Voir document ICC-02/11-01/11 du 27 janvier 2012 au point 4). C’est là que les visiteurs que nous fûmes, certains informés ont participé. Il faut également préciser qu’à part les les pièces de monnaie (jetons), de 50 cents, 1€ ou 2€, les prisonniers n’avaient pas le droit de toucher à l’argent en prison, à plus forte raison de recevoir même un billet de cinq euros (5 €) de son visiteur.

Si vous décidez de faire un don d’argent, vous prenez votre passeport et vous vous déplacez vers les gardes, en charge de leur surveillance dans la salle. C’est à un de ces gardes pénitentiaires, assis derrière une table, que vous vous adressez. Vous lui donnez votre passeport et, indiquez le nom de la personne à qui vous voulez faire un don. Il prend l’argent, vous donne un récépissé de réception d’argent. Et ce sont encore les gardes pénitentiaires, qui iront déposer l’argent donné sur le compte ouvert au nom du prisonnier bénéficiaire. Et lorsque, ce prisonnier, comme Charles BLÉ GOUDÉ, par exemple, devait recevoir un visiteur, il demande (je ne connais pas la forme de la demande) au bureau des gardes pénitentiaires ce dont il a besoin pour le menu de sa prochaine visite.

Et ce sont les gardes pénitentiaires qui font, réceptionné tout, puis, remettent la commande au détenu qui va faire, ensuite faire la cuisine. Il n’a jamais été question d’importer de la nourriture au sein de la prison, ni de remettre, main en main, de l’argent à un quelconque prisonnier, à l’époque. Par, ailleurs, il n’était même pas judicieux de déposer sur le compte de prisonniers indigents de fortes sommes d’argent. Si vous le faites, alors vos intentions sont de maintenir le président GBAGBO et le ministre BLE GOUDE en prison. Un dernier élément très important que j’ai observé chaque fois en prison, à l’époque.

Le président GBAGBO arrivait toujours dans la salle après le ministre BLÉ GOUDÉ. Vous me direz c’est normal, et j’en conviens. Ce que je voulais relever, c’est que lorsque le président GBAGBO arrivait dans la salle de réception, sa première parole c’était d’appeler Charles BLÉ GOUDÉ en ces termes: « GBAPÊ ? » Et Charles BLÉ GOUDÉ de répondre : « OH ATÔ » ce qui signifie, en Bété (Oui père). Ensuite, c’est Charles BLÉ GOUDÉ qui se dirigeait vers le président GBAGBO, puis ils se font des accolades. Un petit échange a lieu après que Charles BLÉ GOUDÉ ait présenté au président Laurent GBAGBO son (ses) visiteur(s). C’est comme ça que j’ai pu lui serrer la main du président GBAGBO. Et, à trois occasions échanger avec lui, pendant un moment, sur mon collier panafricain dont il trouvait la carte d’Afrique « renversée ». 

CONCLUSION

Je me suis permis de faire ce petit narratif car trop de méchancetés se disent sur nos illustres prisonniers, surtout le ministre Charles BLÉ GOUDÉ. L’on oublie qu’avant d’arriver à la prison de Scheveningen, le président GBAGBO a passé huit (8) en isolement à Korhogo, au main du rebelle Fofié, quand le ministre Charles BLÉ GOUDÉ passa quatorze (14) mois en isolément à la DST, police des polices du régime d’Alassane Dramane OUATTARA. Ils ont souffert. Et je suis d’accord avec le ministre BLE GOUDE lorsqu’il dit :  » Le président GBAGBO et moi, respectez notre souffrance. » Oui c’est ce qu’il faut, au lieu parler de trahison du ministre BLÉ GOUDÉ vis-à-vis de son référent politique, parce qu’il n’a pas précipitamment dissous son part le COJEP pour adhérer au futur parti.

Ceux qui parlent de trahison savent-ils que de l’arrivée de Charles BLÉ GOUDÉ à la prison de La Haye 23 mars 2014 jusqu’à son discours lors de sa première comparution (le 27 mars 2014), fut isolé des Africains de la prison, dont le président GBAGBO ? Il eut fallu qu’il disâsse, à cette première comparution que le président GBAGBO a effectivement organisé un plan commun pour le président GBAGBO soit condamné, et certainement lui, libéré après quelques années. Mais seul, il fit preuve de courage, en affirmant à la face du monde: « J’étais pro-Gbagbo hier, je suis pro-Gbagbo aujourd’hui. (…).

La place de ce monsieur [parlant du président GBAGBO] n’est pas dans cette prison. » N’est-ce pas la plus grande preuve de FIDÉLITÉ ? Évitons de faire ce que le philosophe français CAIN Lionel a nommé » l’erreur des insuffisances » découlant du fait si on est non A, alors on est contre A. Ce n’est pas parce que le président du COJEP, Charles BLÉ GOUDÉ n’est pas (ou peut-être pas encore) dans le futur parti du président Laurent GBAGBO qu’il est contre ce dernier. Suivons plutôt la pensée du philosophe et sage africaine Ahmadou Hampâté Ba qui disait : « La beauté d’un tapis provient de la diversité de ses couleurs. »

Fait le 27 septembre 2021

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