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Histoire/Thomas Sankara: Ce que nous retenons…

Ce 15 octobre marque la date anniversaire de sa mort physique. J’étais encore jeune stagiaire journaliste, je venais de connaître une jeune dame burkinabé, du nom de Sali.

Dans mon soucis de mettre un peu d’argent de côté, elle me propose de partir avec elle à Ouagadougou acheter les uniformes kaki pour les élèves garçons ivoiriens et carreaux, carreaux pour les jeunes filles. Le peuple frère burkinabé venait de rentrer dans le changement avec le jeune bouillant président venu au pouvoir par un coup d’état, mais non meurtrier. Je l’entendais sur les ondes de radio. Les réseaux sociaux n’existent pas et les télévisions nationales caporalisées, dès qu’elles s’étaient rendues compte de son message, l’ordre leur avait donné de moins faire la promotion de ce jeune et de son discours sur nos écrans.

Me voici dans l’avion en compagnie de ma chère Salimata paix à son âme et j’étais pressé de le voir en personne ou à défaut, l’écouter en grandeur nature. Nous étions le 10 octobre. Enthousiaste. Déterminé. Pressé. Ma tête résonnait Thomas Sankara. Pour la première fois, l’occasion m’est donné de fouler le sol de ce pays que je connaissais mais à travers les Ouattara, Seydou, mes voisins du campement, je vais voir de près, ce peuple. Je descends de l’avion, il faisait plus de 40°, mais bon, sur la chaleur, en plein vol, Sali m’instruisait sur le climat. Nous enfourchons un taxi direction le quartier Dadnouin (excusez pour l’orthographe). En partance au domicile de Sali, les rues étaient bondées de monde joyeux, habillé tous quasiment pareil, le concept vestimentaire du président, le faso dan fani. Je suis frappé. Les motos et vélos, se partageaient le peu de trottoir trop restreint pour les véhicules. Nous arrivâmes enfin, au domicile de Sali, je crois au secteur 10, l’autre nom de son quartier si ma mémoire est bonne. L’accueil est très cordial et je deviens, une sorte de curiosité parce que je suis ivoirien. J’étais mince mais lucide. Je dis bien que nous étions arrivés le 10 octobre de la même année de son assassinat. En même temps que le monde grouillait de joie, l’atmosphère à Ouagadougou me semblait lourde. Des rumeurs pesantes sillonnaient la quasi totalité de la ville. Mais la population vaquait à ses occupations dans la joie de son président, dont le discours rassurait pour les sortir de leur misère.

Devant le petit poste téléviseur de ma famille d’accueil, je suis assis sur un tabouret et je ne fais que regarder le mignon, le séducteur, le convaincant, l’espoir, le Thomas Sanakara, que j’avais du mal à voir pendant longtemps chez moi, si ce n’est pas par des journaux que mon pouvoir d’achat, ne me permettait pas de les acquérir. J’ai Thomas Sankara devant moi, dans la télévision de son pays. Je n’en revenais pas. Tous des jeunes officiers dont un certain Blaise Compaoré, non loin de son bienfaiteur. J’ai dormi avec Sankara dans ma tête.

Le 11 octobre, les observateurs de la vie politique burkinabé redoutaient, mais la population, comme dans une insouciance, bruitait les rues de ses vélos et motos. C’est dans cette lourde inquiétude que Sali va m’étonner en me mettant derrière sa moto direction, le marché pour nos achats, puisque c’est l’objectif de ma présence à Ouagadougou. Jeune ivoirien, voyant les femmes à moto ou à vélo, me faisait un drôle d’effet de surprise. Nous traversions le rond point et elle s’arrête pour m’indiquer le palais comme chez nous, en Côte d’Ivoire, notre palais à l’architecture de la chaise royale akan. J’étais à ma première sortie de mon pays. Tout devant moi, n’est que curiosité. Au marché, fruits et légumes jonchent le sol frais et les nouveaux tissus made in burkina remplissaient les étales. On s’y bouscule sans s’excuser. Je commence à prendre plaisir de cette capitale. La suite, j’y ai fait mes achats et nous devrons nous reposer pour reprendre l’avion pour le 17 octobre.

Je commençais à bosser l’homme Sankara par cœur. Les journaux burkinabé ne coûtaient pas aussi chers comme ceux de moi et je m’en suis fait plein le sac.

Le 15 octobre, Thomas Sankara est tué. Quoi? Thomas Sankara tué? Par qui? Silence radio. La télévision diffuse des messages dont je ne me rappelle plus, plus attristé que jamais. Mon idole assassiné et par qui? La terreur, la peur s’emparaient de tout le monde. Chose grave, notre quartier est bouclé et personne ne rentre et personne n’en sort. Les Sali, ne sont pas loin d’une espèce de camp religieux. Dans la nuit, on n’arrive pas à fermer les yeux. On entendait des bruits des soldats, creuser et le 16 matin, juste à 20 mètres du domicile des Sali, les bourreaux dans la précipitation, sont venus ensevelir, le reste des corps du président Thomas Sankara et les loyalistes qui ont accepté de faire ce voyage éternel forcé avec lui. Quand j’en parle aujourd’hui, je ne comprends pas ce que fait Blaise Compaoré chez moi en Côte d’Ivoire.

Thomas Sankara était tellement immense, de par sa philosophie, son idéologie que j’ai préféré gardé son nom, comme un testament parce que je ne pourrai jamais citer ses propos pour le combat d’une nouvelle Afrique, celle qui n’envie personne et qui vit selon ce qu’elle possède. Ils ont tué Thomas Sankara, mais Sankara vit toujours et il les supplante tous. Que fait donc ce Blaise Compaoré à Abidjan pendant que son heure de jugement a sonné? Dans cet assassinat, le nom de mon président Houphouet Boigny a été cité plusieurs fois. Que savait  Alassane Dramane Ouattara de cet assassinat pour garder ce tueur froid de Blaise Compaoré sur notre sol? Etait-il, lui aussi, dans le coup? Pourquoi, pendant que le peuple burkinabé relance le jugement, il cache Blaise Compaoré chez nous. On n’est fatigués d’être indexés d’abri d’assassins, de tueurs, nous les ivoiriens? Que veut prouver ADO, en offrant l’asile et toutes les commodités à son frère de Blaise? Et la lourde mort de Thomas Sankara qui en assumera la responsabilité, M. Ouattara? Enfin, mais enfin, vous en faites pas un peu de trop?

S’il y a une chose dont je suis certain, c’est que le pays des Hommes intègres, le Burkina Faso, quand il se décide, il va jusqu’au bout. Je les informe que M. Ouattara a gardé le commanditaire de l’assassinat de notre héro de Thomas Sankara chez nous à Abidjan, à Assinie, une petite ville balnéaire. Tel qu’ils y ont semé la chienlit pour installer ADO au pouvoir, ils n’ont qu’à procéder de la même manière, ils y extirperont l’encombrant étranger qui pour, pour l’installer lui même, a comploté contre l’ordre national avec son lot de morts qui restent encore dans les placards. Qu’ils viennent chercher Blaise Compaoré pour le faire comparaitre oui, pour le jugement dernier car Thomas Sankara avec son éternel sourire, l’attend dans l’au-delàs pour faire mousser de nouvelles idéologies recréatrices d’une Afrique qui gagne mais invisible.

Voilà ma part si petite de ce que je sais sur celui qui a failli nous ouvrir les écluses des cieux et dont on lui a coupé la vie, l’arbre, le baobab de Thomas Sankara. Thomas Sankara, mon carnet de route.

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