LE CONCOURS NATIONAL DES GRANDS DEBATTEURS DE COTE D’IVOIRE: Qui est l’homme derrière ce projet ?

Samedi 16 octobre 2021, tandis que je devisais dans le bureau d’un ministère à Abidjan, un homme, la cinquantaine, entre d’un pas décisif dans le bureau du directeur du cabinet avec lequel je viens d’achever une séance de travail importante.

Il affiche une assurance certaine, tandis que les présentations sont faites. Il ne tarde pas à aborder l’objet de sa visite, l’organisation d’un concours national de débat en Côte d’Ivoire. L’homme semble passionné par ce projet dont il n’hésite pas à donner moult détails, fort peu ébranlé par les innombrables questions qui fusent de ses interlocuteurs attentifs et curieux.

L’homme, Jean-François KODO, que je finis par appeler JFK, parait plus jeune que son âge en réalité. Il a obtenu son DEA en sociologie et sa Maitrise en sciences de l’éducation à l’Université de Lomé, avant le parcours qui lui a permis d’obtenir un master en Gestion des Ressources humaines à l’Université de Cocody. Un moment de brefs échanges me fait comprendre qu’il a l’esprit vif. Il est rempli d’idées ou de projets et s’affiche comme un entrepreneur social. Exerçant comme cadre des ressources humaines dans le secteur privé, il a découvert en juin 2015, par l’entremise d’une amie, Toastmasters International. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif, d’origine américaine, qui se donne pour mission de former ses membres aux techniques de communication et en leadership. D’emblée, il en est devenu passionné, y trouvant sans doute le moyen d’une catharsis qui lui a permis de s’affirmer et de se découvrir des talents d’orateur et bien plus, de leader.

A ce titre, son engagement lui a valu d’occuper quelques postes de responsabilité au sein de son organisation, notamment en qualité de secrétaire, de Vice-Président à l’Education[1], puis de Président[2] de son club d’origine, « Abidjan Océan Toastmasters Club » sis dans la commune de Marcory à Abidjan. Il a ensuite occupé le poste de Directeur de Secteur[3] au sein de la Division[4] A de la même organisation, tout en entretenant une double affiliation dans un autre club Toastmasters de langue anglophone (STAR TMC). L’homme est aussi correspondant officiel de l’OMAEC[5] qui l’a mandaté de créer une confédération des associations des anciens élèves des écoles catholiques en Côte d’Ivoire. Tous ces engagements dénotent de sa ferme volonté d’apporter une pierre à l’édifice dans la construction de sa communauté.

[1] Le poste de Vice-Président à l’éducation est un important poste d’officier en second dans la gestion d’un club toastmaters. Celui-ci a pour mission d’assister le président du club dans la conception, la planification et la mise en œuvre du programme éducatif, ainsi que dans la formation des membres.

[2] Le poste de président de club est le plus haut poste dans la gestion d’un club toastmasters qui permet de s’exercer à la gestion d’équipe, à la motivation des membres, à l’élaboration de stratégie de groupe restreint par la mise en œuvre d’un plan de succès, etc.

[3] Le poste de Directeur de Secteur est un poste encore plus élevé qui permet au toastmaster d’encadrer et de superviser au moins 4 clubs ayant chacun au moins 20 membres. A ce niveau, le leader est amené effectuer de la coordination d’équipe

[4] Une division est un ensemble d’au moins 3 secteurs comportant chacun au moins 4 clubs. La Division A est composée de 21 clubs et de 4 secteurs de langue francophone et anglophone en Côte d’Ivoire.

[5] L’OMAEC est l’Organisation Mondiale des Anciens Elèves des Ecoles Catholiques, une organisation à but non lucratif existant déjà dans plusieurs pays.

JFK n’hésite pas à vanter les mérites de ce que Toastmasters International peut apporter comme compétences dans le domaine de la prise de parole en public et de l’art oratoire. C’est donc naturellement que son épouse et sa fille ont épousé sa passion en intégrant ladite organisation.

Interrogé sur ses motivations et sur ce qui a pu lui inspirer cette idée novatrice d’un Concours National de débat en Côte d’Ivoire, il n’hésite pas à affirmer que l’exercice des débats est une pratique ordinaire au sein de l’organisation Toastmasters International. Celle-ci l’a de tout temps attiré et il a, au fur et à mesure de son évolution, forgé et muri ce projet. En réalité, la méthode de formation Toastmasters est basée sur des techniques de discours préparés et de discours improvisés qui se font par des jeux de rôles très organisés. La particularité des débats est qu’ils allient l’ensemble des compétences qu’un orateur doit avoir pour impacter son auditoire. En somme, en apprenant à « Ecouter – Penser – Parler » à travers le jeu de la réfutation et de l’argumentation, l’orateur devient parfait.

Par ailleurs, l’homme a toujours été habité par le désir de transmettre à la communauté, les compétences issues de cette expérience inédite et palpitante vécue au sein de cette organisation. S’il est évident que le désir reste inerte jusqu’à ce qu’il trouve une voie d’expression, un projet qui demeure dans la forme d’une simple aspiration ne peut être qualifié que de vœux pieux. Ce projet-ci échappa à l’ordre de l’extinction, quant à l’occasion du mandat 2021-2022, JFK et le Directeur de la Division A de Toastmasters International, M. Francis BOUA BILE se sont mis d’accord pour l’organisation d’un concours de débat qui impacte la société ivoirienne dans le cadre des activités de la division A.

Pour le porteur du projet, c’était l’occasion de faire montre de son niveau d’expertise en leadership en assouvissant sa passion, tandis que pour l’autre, l’occasion était belle d’avoir une activité démonstrative de la méthode à grande échelle.

Le caractère novateur de cette initiative demeure indiscutable et la vision du promoteur hisse haut la nature du projet désormais dénommé « Concours National Les Grands Débatteurs – Côte d’Ivoire ». Il s’agit de « promouvoir les débats pour en faire un moyen d’éclosion des talents d’orateurs et un canal d’éveil des consciences, en vue d’un changement social et du développement du capital humain ».

A cette vision, s’arriment des objectifs majeurs, notamment :

  • La formation en vue de l’acquisition de compétences oratoires et langagières des participants et du public ;
  • L’implication et l’adhésion des acteurs majeurs de la société civile tels que le Rotary, les LIONS, la JCI, et les ONG ou universités ;
  • Un aspect plus lié au développement durable permet d’inciter les différentes catégories de populations concernées à s’approprier les idées novatrices issues des différents débats en vue d’un changement social par une approche critique des problématiques sociales d’actualité ; des comportements et nouvelles pratiques qui vont réduire leur vulnérabilité. Cette démarche devra permettre aux populations, aux jeunes, en particulier, de pouvoir mieux appréhender les problèmes de leur société et de contribuer à son développement.

Le lancement de ce concours a eu lieu le 12 octobre 2021, tandis qu’une conférence de presse s’est tenue le samedi 16 octobre 2021[1].

Cette idée est novatrice et suscite déjà beaucoup d’espoir. Elle mérite d’être reconnue et institutionnalisée. JFK qui est conscient des enjeux, après environ 1h30 d’échanges, reste pensif, se projetant sans doute dans l’avenir, et mobilisant ses énergies pour conduire son équipe à la réussite de cette première édition. Les obstacles sont un facteur de motivation supplémentaire, pense t’il tout haut.

Quoiqu’un prix de 1 000 000 FCFA soit offert aux lauréat, les enjeux sont plus grands que ce geste qui relève du pur symbole ; ceux d’une prise de conscience que l’échange est la clé de la pérennité, ceux d’une jeunesse qui doit être formée à cet effet, ceux d’une culture du dialogue.

De multiples questions surgissent d’emblée à l’écouter : les conditions pratiques d’organisation, l’avenir des lauréats, les conditions liées à la crédibilité d’un projet si novateur et si grand, susceptible de hisser l’homme au panthéon de la reconnaissance de l’état ivoirien, …. Tous ces aspects pourraient sans doute être l’occasion d’une nouvelle rencontre avec cet homme, Jean-François KODO.

Voir le journal l’Expression N°3424 du Mercredi 19 octobre 2021 et Fraternité matin du 21 octobre 2021

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