Côte d’Ivoire: le CNT pour quoi faire ?

Pourquoi créer un Conseil National de Transition ?

La constitution ivoirienne de 2000, modifiée en 2016, dans ses dispositions des articles 55 et 183 ne permet pas à un Président de la République de faire plus de deux de mandats consécutifs. Ce qui est le cas de Mr Alassane Dramane Ouattara qui, élu en 2010 et réélu en 2015.

En 2020, il n’est pas autorisé à participer aux élections présidentielles et la plupart des observateurs nationaux et internationaux l’ont reconnu comme devant se soustraire à ces joutes électorales. A plusieurs occasions, Alassane Ouattara l’a dit et répété qu’il ne briguerait pas un 3ème mandat, et que même s’il le voulait, la constitution de 20216 l’en empêchait.

Contre toute attente, lors de sa déclaration de la veille de la fête nationale de l’indépendance du pays, le 6 août 2020, il invoque un cas de force majeure, à la suite du décès de son premier ministre Amadou Gon Coulibaly pour se présenter à l’élection présidentielle de 2020. Par cet acte, il venait d’enfreindre notre loi fondamentale.

Face à ce déni de droit de la part de la personne sensée en être le garant, les responsables des partis de l’opposition et la majorité de la population ivoirienne ont protesté et dénoncé cette tentative de coup d’Etat constitutionnel. En conséquence, la candidature de Ouattara et son éventuelle élection sont anticonstitutionnelles.

Le Conseil National de Transition mal venu

De ce fait, les opposants ont décidé d’empêcher le déroulement du scrutin par tous les moyens. Il est donc convenu que ces élections ne doivent pas avoir lieu afin d’éviter la catastrophe à la Côte d’Ivoire, comme le disait le Président Laurent Gbagbo. Cette position de l’ensemble des opposants a entrainé l’adhésion de la majorité de la population qui n’en pense pas moins. Toutefois, ce peuple attendait que l’opposition reprenne sa place dans cette lutte en donnant des mots d’ordre pour des actions à venir. Mais, y en avaient-ils ? Ces mots d’ordre ?

A la lumière des faits, le comportement de l’opposition questionne. D’abord elle n’a pas empêché le déroutement du scrutin, ensuite elle a permis la proclamation des résultats sans réaction et enfin elle assistera à l’investiture du Président illégal. Pourtant, il a été décidé la désobéissance civile afin d’annihiler toutes velléités du pouvoir d’arriver à ses fins. Alors, comment m’explique-t-on, de la part de l’opposition dite unie, l’utilité d’une telle démarche ? Je parle bien-sûr de la philosophie du laisser faire pour protester après.

Alors qu’on peut agir en amont pour empêcher les faits. Pour moi, la désobéissance civile devrait être un moyen à la disposition de l’opposition avec l’adhésion de la population, pour empêcher toutes les initiatives du pouvoir RHDP, de réussir son hold-up électoral, et amener le Président sortant à capituler.

Après quoi, une structure de gestion de la vacance de pouvoir se mettrait en place de façon consensuelle, avec objectif d’organiser une élection transparente, inclusive, démocratique et crédible. Cependant, le pouvoir en place vient de conforter sa position par l’organisation de cette élection pourtant décriée. Et nous, pendant qu’on tue nos militants, ce sont les postes ministériels dans un gouvernement de transition qui nous intéressent. Et nous créons le CNT (Conseil National de Transition).

Un Conseil National de Transition pendant que tout fonctionne ?

Pour quoi faire alors que les institutions sont encore en place ? Ainsi, aux yeux du monde, nous devenons des fauteurs de troubles, alors que c’est le pouvoir qui agit dans l’illégalité. De ce point de vue, l’opposition significative a péché par une arrogance inouïe ou par l’aveuglement de l’accaparement des dividendes de la vente de la peau du loup alors que celui-ci est encore vivant.

Comment apprécier le fait qu’une pléiade d’intellectuels et des aguerris politiques manquent tant de discernement à la fois ? Comment peut-on imaginer la mise en place d’une structure de transition alors que la place n’est pas encore nettoyée ? C’est un manque de lucidité notoire. Sinon, comment négocier avec une personne qui n’existe pas et à qui vous posez des conditions ? Si nous laissons Alassane en place, notre avenir sera compromis. Nous devons avoir comme objectif la chute de Ouattara et agir en conséquence en permanence et non par intermittence.

MR. Désiré BIBI

Président du MIR

Ex-Président de la Plateforme Souveraineté Panafricaine

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