Côte d’Ivoire: Les dozos, chasseurs traditionnels ou police ?

Chargés jadis de la protection des villages contre les animaux féroces et aussi reconnus comme guérisseurs traditionnels, les chasseurs traditionnels, plus connus sous le nom de « Dozos » semblent avoir changé de mission.

Qui sont les dozos ?

Parfois coiffés de masques d’animaux ou recouverts de gris gris, les dozos proviennent des confréries africaines de chasseurs qui sont des sociétés, plus ou moins secrètes et ésotériques qu’on retrouve dans toute l’Afrique subsaharienne. Ils sont connus pour avoir des pouvoirs mystiques qui leur servent de protection et leur permettant d’assurer la protection des villages contre les animaux féroces, et aussi être des guérisseurs traditionnels.

« Avant, le dozo était le protecteur dans le village, c’était l’élément de sécurité. C’était aussi un médecin traditionnel. En cas de maladie compliquée, les gens avaient recours au dozo. Si des animaux féroces attaquaient le village, on l’appelait également », raconte Bakari Ouattara, secrétaire général des dozos de Côte d’Ivoire.

Savant de la nature, qu’il apprend et comprend grâce à de longues années d’initiation, doté supposément de pouvoirs mystiques, comme celui de résister aux balles, le dozo demeure toutefois un chasseur traditionnel qu’on retrouve en Guinée, au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire.

Un revirement ?

Depuis quelques années, en Côte d’Ivoire, le rôle connu des chasseurs traditionnels, dozos, semblent avoir pris une tout autre forme. La protection des villages contre les animaux féroces et/ou le traitement des maladies parfois sévères ne semblent plus faire objet de mission de ces derniers.

Après la coupure de la Côte d’Ivoire en deux parties en 2002, le nombre de dozos ne cessent de s’accroître dépassant même le nombre de policiers ivoiriens (source : LeMonde.fr). Aujourd’hui, dans plusieurs villes de la Côte d’Ivoire, ces chasseurs traditionnels jouent le rôle de la POLICE. Ils organisent patrouilles, traques de délinquants, de voleurs, de trafiquants et coupeurs de route et parfois érigent des barrages. Dans leurs nouvelles missions (informelles mais tolérées par le gouvernement), ils forment un service d’ordre parallèle.

Selon Bakary Ouattara, secrétaire des dozos du nord: « Les animaux dangereux ont disparu, note Bakary Ouattara, secrétaire des dozos du nord. Nous nous sommes modernisés. » A en croire les mots du secrétaire, les dozos auraient donc changé de rôle et se plaisent dans ce nouveau costume de force de l’ordre.

Ces chasseurs traditionnels vêtus de fétiches, armés de poignards et de carabines sont jugés intouchables. Ils inspirent crainte et exercent leur autorité.

Abus et Exactions

Connus pour avoir des pouvoirs mystiques, certains dozos désormais, abusent de leur pouvoir pour faire justice eux-mêmes. Profitant des nombreux conflits qu’a connu le pays, ils se sont constitués en force militaire et sécuritaire et commettent des abus et exactions sur les populations: racket aux points de barrages routiers, exécutions, etc.

En décembre 2013, un rapport de l’Onuci annonçait que la milice des dozos était responsable de la mort de 228 personnes et de 164 autres blessés en quatre (4) ans. Le lundi 30 décembre 2020, la télévision nationale annonçait un affrontement qui s’était mué en conflit intercommunautaire et dont les dozos étaient encore impliqués.

Bien qu’ils aient pris pour mission d’assurer la quiétude, le nombre croissant de dozos (de 50.000 à 200.000) et leur présence massive devient de plus en plus inquiétant pour les populations.

Doléances

Il est désormais impérieux qu’un tri se fasse au sein de la confrérie des chasseurs traditionnels afin d’en exclure les faux. Aussi, il apparaîtrait salvateur que ces derniers retournent à leurs anciennes missions d’autrefois.

Nous demandons au gouvernement de réunir les différents chefs dozos afin de réattribuer les rôles et apaiser les tensions.

King 3A.N

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