Côte d’Ivoire: La fête des ignames à Abongoua, département de Bongouanou, seuls les absents s’en plaindront.

Quand la fête des ignames devient incontournable pour tout un peuple et fait impliquer toute la jeunesse de l’Ahua, la plus belle parmi les belles, c’est bien-sûr, celle qui a lieu à Abongoua, joli village, à la terre rougeâtre qui vous laisse des souvenirs inoubliables. Allons donc à la fête des ignames à Abongoua.

Abongoua célèbrera la fête des ignames

Avant de prendre mes bagages pour le voyage, permettez-moi, de passer saluer mon cher grand frère Affian Jean-Marc, ce coriace humain, qui intervient dans l’anonymat, pour l’informer que j’envisage le rendre à Abongoua, mais je n’ai pas de voiture. En route pour le village, on ne sait jamais, s’il pourra effectuer le déplacement, à cause de son calendrier trop chargé. Salut mon cher aîné, je suis passé te dire au revoir, parce que des amis et moi, allions au village pour la fête des ignames.

La permission étant donnée, mes amis et moi, nous nous enfourchions dans une de ses bagnoles affrétées par le grand frère Jean-Marc Affian.

Pour tous ceux qui veulent me suivre, voilà, l’itinéraire : passez la route d’Anyama, dépassez le grand carrefour d’Agboville et continuez, dans la joie et l’allégresse. Mettez votre musique et durant tout le voyage, il n’y a que des choses agréables à voir surtout, à acheter, mais, ça, c’est au retour. Une fois arrivée à Akoupé, tournez à gauche à un autre intersection, tout en faisant vos adieux à ceux qui vont tout droit, vers Agnibilékro, Abengourou et vers le Ghana.

D’Akoupé à Abongoua, grâce aux efforts des aînés, le bitume est tout neuf et en moins de 30 mn, vous descendez une colline dont la cime, vous offre toute la splendeur du village.

Ça grouille du monde ? Oui, c’est parce que tous les ressortissants se sont donnés rendez-vous et c’est l’effervescence. Il y a des années en arrière, on allait chercher des chambres d’hôtel dans les villages environnants, mais, Dieu merci, depuis Abidjan, nous avons fait nos réservations dans des conforts modernes au village-même.

On ralentit pour dominer de notre voiture, la grande artère qui aura bientôt des dos d’âne pour amoindrir les vitesses folles. Notre voiture aux vitres teintées, nous les voit, mais eux non.

On dépose ce jeudi 9 décembre 20, dans nos chambres luxueuses pour nous mettre dans des tenues légères à cause de la petite chaleur distillée par la chaine de montagnes qui ceinture le village dont on n’y prête pas souvent attention.

Le soir, le chef Nanan Ebah Louis Serge, nous reçoit, dans son luxueux salon des hôtes pour nous demander les nouvelles, entouré de ses porte-paroles, tous endimanchés dans des pagnes historiques akan. Pour la circonstance, nous lui avons apporté quelques bouteilles de liqueur pour communier avec les mânes de nos ancêtres qui veillent sur nous.

Abongoua aux couleurs festives

Dans la cour, on entend les femmes faire crépiter le bruit des pilons pour fabriquer de la nourriture, surtout, du foutou, du foufou, comme nous allons rentrer dans une nouvelle année lunaire. Les coqs, moutons et souvent des bœufs, sont rattachés à des racines des arbres de la cour et derrière-cour, accrochés à des cocotiers, manguiers. Tous ces animaux savent qu’ils finiront en offrande aux esprits saints. Mais c’est la tradition.

Le jeudi soir de la fête, là, personne ne dort. C’est cette soirée qui marque la féerique de la fête des ignames. Dans chaque cour, la musique à gogo et un autre lieu, celui-là, plus soft où les cadres se donnent rendez-vous avec leurs invités pour danser, avec des jeux concours pour meubler la fête.

Mais c’est quoi la fête des ignames, si cette année, on nous annonce l’arrivée de la ravissante Ama Hélène, celle dont je parlais sans cesse à mes amis et qui sont pressés de la découvrir. La fête des ignames, est un symbole. Il parait qu’autrefois, quand les agni luttaient pour se positionner, il leur fallait trouver des endroits. Dans le grand groupe akan, il y a plusieurs sous-groupes, agni (ahua, morofê, baoulé, sawvi, ect..)

Quand ils sont arrivés à Akakro, non loin de Bongouanou, devenue par déformation des colons, la capitale des Morofoué, une famine s’abattit sur toute la population. C’est ainsi qu’un chasseur allant chasser, dans ses prières, l’esprit lui indique, une tige parsemée de piquants. L’ordre lui est administré par l’esprit de creuser et à la fin, il y trouva des tubercules ronds, aussi, piquants.

Il en tire suffisamment pour aller les montrer au chef du village. C’était le tout dernier vendredi de l’année et le chef donna l’ordre aux femmes de les préparer. Une fois cuits, le chef demanda aux femmes de servir d’abord aux enfants qui mouraient de faim. Quand ceux-ci finirent de consommer sans aucun inconvénient, le chef proclama, cette journée de divin savoir protecteur, la fête des ignames et depuis ce jour, comme le peuple agni est reconnaissant par nature, le chef initiât cette trouvaille et marquât la journée, de fête des ignames. Voilà le peu que je sais, grâce à mon aîné Jean-Marc Affian.     

Le reste si je vous dis tout, vous ne serez pas curieux de découvrir cette journée féérique chez les agni Ahua surtout ceux d’Abongoua.

Cette année-là, les jeunes ont initié encore un grand festival dénommé festival Ahua d’Abongoua et là, je parie ma tête que ça sera mortel, ouf !

Soyez attentifs, le chef nana Louis Ebah rentre de la rivière Agbo, de là où l’igname a été trouvée et qui a donné son nom au village : Agbo-Ngoua et non Abongoua, comme l’a écrit depuis la nuit des temps par déformation du colon.

Eh Dieu, je verrai Ama Hélène, mon rêve sera réalisé et je retournerai tranquille à Paris avec dans mes bagages pleins d’images sur mes cartes mémoires et je prendrai toute l’année pour les éplucher une à une en fonction de mes besoins.

Toc toc, il est le grand frère Jean-Marc Affian, je viens lui remettre sa voiture, ce soir, je me rends à l’aéroport. Ah, il est là lui-même. Grand frère, ton calendrier ne t’a pas permis d’être avec nous, la fête des ignames de cette année-là, je ne sais pas s’il en aura une autre pareille, mais merci pour ta générosité et la logistique mise à notre disposition.

Bonne fête aux agni et soyez heureux et fiers de votre tradition que vous êtes obligés de la préserver. J’en parlerai au tour de moi, en France pour attirer l’année prochaine des français.

Soyez dans l’amour, la joie et aimons-nous. Il n’y a rien dans jalousie.

                                                                  Joël ETTIEN

                  Guide touristique pour une fête imaginaire

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