Côte d’Ivoire: Cherté de la vie… Par Dia Houphouët Augustin

Si le ministre du commerce avait répondu à l’invitation des députés ivoiriens, sur la vie chère en Côte d’Ivoire, un exercice exigé aux membres du gouvernement, voici, les préoccupations majeures que Dia Houphouët Augustin, député de la commune de Yopougon et candidat intentionné à la mairie de ladite commune, allait poser au ministre, lui qui sillonne tous les weekends, sa population. Malheureusement, le ministre du commerce a brillé par une absence qui laisse les députés sans voix.

Après un an d’attente, nous nous félicitons de la tenue de cette séance qui était fortement attendue par nos populations par ce que le thème qui la motive concerne leur quotidien et la qualité de leur vie.

La Côte d’Ivoire a vécu de 2002 à 2011, une crise militaro-politique qui a profondément impacté l’économie nationale et la vie des populations de notre pays.

Au sortir de cette crise en 2011, on a enregistré une décroissance de l’économie ivoirienne avec un taux de -4,7% et un taux de pauvreté avoisinant les 49%, ce qui signifiait malheureusement que plus de la moitié des Ivoiriens vivaient en dessous du seuil de pauvreté à cette date.

A partir de 2012, l’ordre constitutionnel ayant été rétabli, l’économie ivoirienne a connu une hausse de la croissance du PIB en moyenne de 8% entre 2012 et 2018.

Hélas, cette croissance n’a pas eu de véritable impact sur le niveau de vie de nos populations et malgré les très nombreuses promesses qui leur ont été faites, visant à améliorer leur quotidien, force est de constater qu’aucune mesure idoine n’a su correctement juguler le phénomène dit de la Cherté de la Vie.

Le Gouvernement n’a pas réussi, en une dizaine d’années, à inverser la courbe de la pauvreté dans notre pays, alors que conformément à ses dires, la Côte d’Ivoire aurait dû émerger depuis deux ans, et que les années 2020, 2021 et 2022 avaient été annoncées comme étant axées sur le Social, avec la mise en place du programme social, le PSGOUV, en 2019.

De manière récurrente, la grogne se fait ressentir au sein des populations ivoiriennes, notamment dans les couches les plus démunies ; la cherté de la vie étant devenue endémique. L’inflation en Côte d’Ivoire se situait autour de 1,5% en mai 2020. Mais, même si ce taux d’inflation a été jusque-là théoriquement maitrisé en dessous de la norme admise au sein de l’UEMOA qui est de 3%, force est constater qu’il a connu une constante hausse pour s’établir a 5,6% en Janvier 2022, passant ainsi de 1,6% à 5,6%, selon les chiffres de SIKA Finance.

En outre, et selon le rapport du Cabinet américain MERCER, Abidjan, la capitale économique ivoirienne, figure au nombre des villes africaines les plus chères au Monde en se classant respectivement à la 5ème place en 2019 et à la 6ème place en 2020, sur 42 villes classées devançant ainsi toutes les capitales des pays de la zone UEMOA.

Aussi, selon le rapport de SIKA Finance, en espace de quatre mois le prix du litre de l’essence super sans plomb a subi trois augmentations, passant dans un premier temps de 615 FCFA à 635 Francs du 1er février au 31 mars 2022. Puis de 635 Francs CFA à 695 Francs CFA dès le 1er Avril au 31 Mai 2022, et enfin de 695 Francs CFA à 735 Francs CFA depuis le 1er Juin.  Soit une augmentation globale de 140 Francs CFA sur les 3 périodes.

Aujourd’hui, la situation est très alarmante, les populations ivoiriennes vivent une Véritable Crise du Panier de la Ménagère, qui se manifeste par une augmentation continue des prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité (riz, savon, lait, huile…etc.) phénomène dû en partie par l’inflation continu à goute homéopathique du prix du carburant depuis maintenant 5 ans.

A titre d’illustration, le prix du bidon de 25 litres d’une certaine marque d’huile de palme est passé de 20.000 à 24.500 FCFA, tandis que celui de 20 litres d’une marque concurrente vendue préalablement à 16.000 FCFA, se retrouve à 19.500 FCFA ; le prix de la bouteille de 1,5 Litres d’huile de palme revient à 1.700 FCFA au lieu de 1.450 FCFA, selon les informations communiquées, courant mai 2021 par le Conseil National de Lutte Contre la Vie Chère.

De ce fait, une comparaison de ces prix de mai 2021 avec ceux du premier semestre de 2022 pour les mêmes produits, selon les prix homologués et plafonnés par le Ministère du Commerce et de l’Industrie indique une nette inflation.

Ainsi, pour le bidon de 25 litres de l’huile de palme qui était à 24.500 en 2021, le cout est passé aujourd’hui à 25.500 FCFA aux ½ grossistes et à 26.500 aux détaillants en 2022 soit une hausse de 2.000 FCFA en pratiquement un an. Le bidon de 20 litres d’huile de palme qui était à 19.500 FCFA en 2021 est passé aujourd’hui à 20.700 FCFA pour les ½ grossistes et à 21.500 FCFA pour les détaillants en 2022 soit une inflation de 2.000 FCFA en un an. Le prix de 1.5 litre qui était à 1.700 FCFA 2021 est passé aujourd’hui à 1.775fcfa soit une inflation de 75fcfa. Enfin les bouteilles en Vrac qui étaient vendues à 1.000 FCFA puis à 1.100 FCFA sont passée aujourd’hui à 1.200 FCFA.

Le prix de la tonne de ciment quant à lui est passé de 65.000 à 90.000 FCFA et dans certaines zones rurales, il atteint les 110.000 FCFA à l’Est du pays tandis qu’à l’Ouest, il est de 120.000 FCFA. Comme on peut le constater ces augmentations frôlent presque les 50 % dans certains cas. A ce niveau, voudrions-nous exprimer notre inquiétude d’une prochaine inflation compte tenu du projet de loi portant ratification de l’ordonnance n° 2021-858 du 15 décembre 2021 instituant des taxes parafiscales sur certains matériaux de construction au profit de l’Habitat social que sont : le Ciment, l’Acier HA (fer à béton) et le Marbre.

Les faibles fluctuations des cours mondiaux de certains produits de base ne peuvent expliquer de telles augmentations. Même les produits vivriers locaux n’échappent pas à ce phénomène (banane, tomate, piment, poisson et les fruits de mer, la viande, les fruits et légume, etc.).

Monsieur le Président,

En plus des coûts élevés des produits de grande consommation, d’autres secteurs enregistrent des hausses considérables. En effet, un véritable drame se joue dans le secteur de la Santé.

Les prestations dans les hôpitaux publics sont aussi sujettes à une inflation.

La progression constante des coûts des actes médicaux fait reculer les populations au faible pouvoir d’achat ; en témoigne le prix dissuasif d’une poche de sang à Bondoukou, Agnibilékro, Abengourou et Daoukro, par exemple, où en lieu et place des 3.000 FCFA d’usage, il faut débourser parfois jusqu’à 10.000 FCFA. Cette situation est telle qu’on s’interroge en toute légitimité sur les mesures prise par le gouvernement pour rendre cette mesure réelle.

Sans oublier les hausses enregistrées au titre du transport interurbain dans le District d’Abidjan et à l’intérieur du pays.

Ce qui en rajoute au mécontentement de nos concitoyens, c’est l’absence de contrôle régulier par les services compétents et l’incapacité manifeste des agents du Ministère du Commerce et de l’Industrie à encadrer les prix de ces biens sur le marché ivoirien et à lutter contre la contrebande des produits prohibés.

En effet, cette flambée exponentielle des prix des produits de première nécessité, tels que les matériaux de construction, le bétail, la volaille ou les produits manufacturés, se fait en dépit des nombreux communiqués émanant du Gouvernement. Parfois, dans la même ville, les prix varient d’un commerçant à l’autre, laissant apparaitre une absence de contrôle ou de régulation des prix. Au point où nous en sommes, nous craignons une démission du rôle régalien et régulateur de l’administration sur cette question.

Monsieur le Président,

Cette grave situation qui affecte le quotidien de toutes les couches sociales de nos populations, interpelle notre conscience collective et plus particulièrement le Gouvernement dans un contexte de paupérisation généralisée marqué d’abord par la pandémie du Covid 19 qui a entrainé un ralentissement de l’économie à 1,8 % en 2020 puis par la crise militaire et diplomatique qui affecte le monde à cause du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Nous ne comprenons pas l’inertie voire l’impuissance du gouvernement à faire face à la situation, sur laquelle il aurait dû anticiper.

L’impact des organes de régulation tels que l’ANARE, l’ARTCI, le Comité de lutte contre la vie Chère, le Conseil National de la Consommation, pour ne citer que ceux-ci, censés protéger le consommateur, n’est pas perceptible sur le terrain.

Au final, nous sommes enclins à penser que le cadre réglementaire de protection du consommateur se montre totalement inefficace.

Les organisations, les associations et les faitières de défense des droits des consommateurs avec lesquelles nous avons eu de nombreux échanges ont exprimé, à juste titre, de fortes inquiétudes sur les conséquences préjudiciables de cette hausse de prix sur la vie et le bien-être des populations les plus fragiles.

Monsieur le Président,

C’est donc dans un contexte où les populations les plus vulnérables se sentent exclues de la politique de relance économique du Gouvernement que le groupe parlementaire PDCI-RDA à l’Assemblée nationale vous saurait gré de l’éclairer sur les causes réelles de la flambée des prix des produits de première nécessité sur le marché ivoirien ainsi que de la Cherté de la Vie sur l’ensemble du territoire national. Tout en expliquant la politique de riposte du gouvernement face à ce phénomène qui plonge les populations dans le désarroi.

Monsieur le Président, vous avez indiqué dans votre message adressé aux deux chambres le 19 avril 2022 que le plafonnement sur le marché de trois (3) mois des prix de 21 produits de grande consommation, est l’une des mesures immédiates prise par le gouvernement pour lutter contre la vie chère. Comment cette mesure s’organisera-t-elle sur le terrain pour que les populations en bénéficient véritablement ?    

Monsieur le Président, au lieu de faire bénéficier d’une simple allocation les acteurs du secteur vivrier, ne serait-il pas plus pertinent de subventionner une partie de la production et de l’importation des produits de grande consommation en question afin de maintenir leur prix à la portée de la bourse des populations les moins aisées ?

En outre, sachant que le problème de la cherté de la vie est aussi un problème de pouvoir d’achat, n’est-il pas le moment de supprimer la contribution nationale sur le traitement des salaires qui réduit le revenu mensuel des fonctionnaires et des salariés ?

Le groupe parlementaire PDCI-RDA voudrait également être éclairé sur les dispositions que compte prendre le gouvernement pour renforcer les capacités d’anticipation et d’innovation de l’Etat, afin de maitriser l’inflation ?

De manière globale, quelles sont les mesures envisagées à court, moyen et long terme, pour mettre fin à cette situation hautement préjudiciable pour les populations ?

Ce sont là, Monsieur le Président, quelques préoccupations d’intérêt national sur lesquelles le groupe parlementaire PDCI-RDA voudrait appeler votre attention.

Pour le Groupe Parlementaire PDCI – RDA

Le Député de Yopougon

Yohou Dia Houphouët Augustin Armand

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